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Publié par Yvan Catel

Très instructif...

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Qui a été le candidat le plus convaincant ? Au lendemain du grand oral organisé par TF1, un désaccord majeur semble opposer la presse française aux internautes : si la première donne Emmanuel Macron vainqueur de cet exercice audiovisuel encore inédit en France, les internautes adoubent quant à eux Jean-Luc Mélenchon.

Emmanuel Macron serait le vainqueur du Grand débat organisé par TF1 hier soir. Un constat, quasi-unanime de la presse ce matin, de Franceinfo au Point, en passant par Les Échos et BFMTV, tous estiment que le candidat « En marche! » aurait le mieux tiré son épingle du jeu dans ce débat de plus de trois heures et demie. Un exercice de style inédit en France avant un premier tour des présidentielles et auxquels ont été conviés — non sans polémique — 5 des 11 candidats qualifiés pour la course à l'investiture suprême.

 

Pour appuyer ce diagnostic, deux sondages: l'un d'Elabe pour BFMTV et l'autre d'OpinionWay pour le Point, qui donnent tous deux un Emmanuel Macron convainquant pour respectivement 29 % et 24 % des téléspectateurs interrogés (soient 1 157 et 1 037 personnes), loin devant ses rivaux dont l'ordre d'arrivée diffère légèrement cependant d'un institut à l'autre.

Pour Elabe, c'est Jean Luc Mélenchon qui arrive bon second, avec 20 % d'opinion favorables, talonné de près par Marine Le Pen et François Fillon, ex aequo à 19 %, avec un Benoît Hamon bon dernier avec ses 11 % d'opinions favorables.

Pour OpinionWay cependant, c'est Marine Le Pen et François Fillon qui sont sur la deuxième marche du podium là encore ex aequo à 19 % et Jean Luc Mélenchon troisième avec 15 %. Benoît Hamon est quant à lui toujours dernier avec 10 %.

Enfin, toujours selon le sondage commandé par BFMTV, Macron serait « celui qui a le plus de qualités pour être Président de la République » (31 %) et « le meilleur projet pour la France » (30 %), devançant systématiquement Fillon (respectivement 20 % et 14 %) d'après les téléspectateurs interrogés. Seul bémol, concernant le candidat qui « comprend le mieux » les personnes sondées c'est le nom de Jean-Luc Mélenchon qui revient le plus fréquemment (26 %). Qu'à cela ne tienne, dans les stats de BFMTV, Emmanuel Macron « arrive en tête deux fois sur trois ».

 

Au beau milieu de cet élan de « Macron mania » Le Monde se distingue une nouvelle fois à sa manière: il décrit ainsi un branle-bas de combat « de la gauche à l'extrême droite » sur le plateau dans un « tous contre Emmanuel Macron » n'ayant pour seul but que de fustiger la prestation du candidat d'« En Marche! » qui aurait « surjoué une position centriste ».

Les réseaux sociaux semblent, quant à eux, plus épargnés par la contagion. Pour donner un seul exemple, à l'heure à laquelle nous écrivons ces lignes, on ne dénombre pas moins de 1 260 commentaires à l'article du Point — l'un des deux médias ayant diligenté un sondage. Une flopée de commentaires parmi lesquels il est particulièrement difficile de retrouver le moindre compliment à l'adresse de l'ex-ministre de l'Économie de François Hollande, les internautes en venant à se demander si les journalistes ont regardé le même débat…

 

Parmi les nombreux commentaires et tweets qui ont ponctué les quelques passes d'armes ayant émaillé les échanges, un nom revient nettement plus que les autres, celui de Jean-Luc Mélenchon. Il faut dire que le candidat de la France insoumise n'a pas manqué de répartie durant le débat. D'ailleurs cette répartie couplée d'insolence a elle aussi été critiquée — tant sur la toile que par les médias. Dans la synthèse de l'Express ce matin, Jean-Luc Mélenchon est ainsi présenté comme « le troll blagueur ».

 

Alors, bien sûr, les réactions sur le Web n'ont pas de valeur scientifique et on peut très bien imaginer que les partisans de Mélenchon étaient les plus mobilisés à l'occasion de ce débat, mais on ne peut toutefois que constater une flagrante contradiction entre les résultats affichés sur les différentes chaînes. Si BFMTV est la première a annoncé sur la base de son enquête un Emmanuel Macron plus convainquant que ses rivaux, sur LCI — qui retransmettait le débat en direct — le son de cloche est tout autre: après le débat, c'est Jean-Luc Mélenchon qui apparaît comme ayant été le plus convainquant d'après 56 % de téléspectateurs interrogés, suivi par Marine Le Pen avec 22 %. Emmanuel Macron figurant en troisième place, avec 12 %. Une contradiction flagrante que les soutiens de Jean-Luc Mélenchon n'ont pas manqué de relever… photos à l'appui, allant jusqu'à interpeller directement la rédaction de BFMTV.

 

Médias et internautes tombent d'accord sur au moins un point: les échanges entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon n'ont pas été de tout repos. Jean-Luc Mélenchon a parfois du mal à contre-argumenter face à Emmanuel Macron, notamment lorsque ce dernier l'attaque sur la viabilité, le « pragmatisme », de son programme économique et social. Mais il finit par tirer son épingle du jeu — toujours — avec ce sens de la petite phrase (qui plaît ou déplaît), comme lorsqu'il lâche, provoquant l'hilarité de la salle « il faut bien qu'il y ait un débat au PS », alors qu'Anne-Claire Coudray tente de séparer Benoît Hamon et Emmanuel Macron qui se disputent au sujet des donateurs et soutiens financiers du mouvement En marche ! Le candidat de la France insoumise met ainsi le doigt là où ça fait mal, la position « ni de droite, ni de gauche » revendiquée par Emmanuel Macron, qui semble difficile à tenir.

Un positionnement d'Emmanuel Macron également problématique d'après les médias anglophones, n'en déplaise à la certitude des médias français. En effet, la presse anglophone semble sceptique quant à la prestation d'Emmanuel Macron: si Bloomberg reprend le résultat des sondages de BFMTV et du Point pour présenter le jeune candidat « au top » après le débat, parant les « attaques des deux bords du spectre politique » et « navigant entre les questions d'économie, de terrorisme et d'immigration » le Financial Times, quant à lui tacle sévèrement l'ancien ministre de l'Economie, titrant « Macron a manqué son moment dans le débat français ».

 

Pour le quotidien économique et financier britannique, « ce n'était pas le jour de Macron. Ses deux manières principales de se distinguer — son étreinte de l'Europe et sa candidature de non-parti — ont chuté à la fois », expliquant que cela est « en partie dû au fait qu'il est partie intégrante de l'etablishment, malgré une courte carrière politique » soulignant « l'inexpérience » du candidat, qui se laisse trop facilement provoquer par une Marine Le Pen qui incarne « à la perfection » son rôle de « candidate anti-élite ». Une analyse antinomique de celle que l'on peut lire dans Les Échos, qui dépeignent un Emmanuel Macron offensif: « Le candidat d'En Marche s'est subitement enflammé, répondant vigoureusement à la candidate du Front national et réveillant par la même un débat léthargique. »

D'un point de vue plus personnel: quel que soit le réel vainqueur de ce débat, quelles que soient les polémiques concernant le choix des participants à ce grand oral, accordons au moins à la chaîne privée le mérite d'avoir recadré le temps d'un débat cette campagne dans un contexte plus présidentiel.

 

Une bouffée d'air au milieu de l'imbroglio juridico-médiatique entretenu par les médias de tous bords depuis plus de deux mois. Nous regretterons cependant que la Défense et les relations internationales, des points centraux pour tout homme d'État aient été relégués en toute fin de débat, alors que de nombreux téléspectateurs avaient surement déjà lâché.

En effet, nous sommes en droit d'attendre plus d'un Président de la République — de la Vème ou de la VIème — qu'il réponde à des questions autres que celles relatives au suicide assisté, présenté comme le « niveau suprême de la liberté individuelle » ou des sempiternelle désirs de réformer la carte scolaire par une certaine gauche en quête de « bassins de recrutement homogènes socialement » pour les lycées. En effet, les questions relatives à « la place de la France dans le monde » ont fait figure de bonnes dernières dans l'ordre des thèmes abordés durant ce débat, d'autant plus que la question principale animant cette rubrique dédiée à la défense et à la diplomatie reste principalement axée autour du positionnement à adopter vis-à-vis de la Russie, plus que de la menace concrète que représente « Daech ».
Un signe révélateur de toute une époque…

Source : Sputniknews.com

 

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