"Présence russe" en Syrie: le faux scoop de Stratfor à la loupe

par Yvan Catel  -  15 Septembre 2015, 22:46

"Présence russe" en Syrie: le faux scoop de Stratfor à la loupe
Nos médias ne vérifient donc pas leurs sources !!! Nous n'avons plus de journalistes...indépendants !
le "journalisme" occidental : "La Voix de son Maître"

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Des photos montrant des sites d'infrastructure près de la ville syrienne de Lattaquié ont provoqué une vague d’hystérie dans les médias occidentaux, qui ont commencé à évoquer d'une seule voix "les signes d’un accroissement de la présence militaire russe en Syrie". Certains spécialistes doutent pourtant de la fiabilité de ces "preuves".
Stratfor, la société privée américaine œuvrant dans le domaine du renseignement et souvent qualifiée de "CIA clandestine", a publié jeudi des photos prises par satellite censées prouver l'"accroissement de la présence militaire russe en Syrie".

Pourtant, selon Brian Becker, coordinateur national du groupe international ANSWER (Act Now to Stop War and End Racism) regroupant plusieurs ONG pacifiste et de défense des droits de l'homme, ce n'est rien de plus que de l'intox.

"Le modèle d'affaires (de Stratfor) est fait de telle sorte que le groupe doit faire le buzz avec des infos s'inscrivant dans le « mainstream » médiatique et offrir ce qui prétend être une opinion professionnelle sur l'évolution géopolitique. (…) Stratfor cherche ainsi à être mentionné dans les récits consécutifs des médias, ce qui sert de publicité pour le groupe, générant de nouvelles possibilités d'affaires", a annoncé M.Becker dans une interview accordée à Sputnik.
Afin que la stratégie de Stratfor fonctionne, le groupe travaille méticuleusement sur le langage des communiqués pour avoir l'air le plus véridique possible.

"Généralement, les conclusions catégoriques de Stratfor sont formulées de sorte qu'en lisant plus attentivement le texte on ne trouve pas d'affirmations fermes, mais des suppositions, des sources non-citées ou encore des manipulations linguistiques", a-t-il souligné.

Au final, ces stratégies rhétoriques influencent le lecteur en lui faisant penser que les conclusions tracées par le groupe américain sont bel et bien justifiées, alors que ce n'est pas du tout le cas.
Prenons l'exemple de certaines phrases tirées du dernier rapport de Stratfor (certaines expressions sont mises en italique par la rédaction de Sputnik pour plus de clarté, ndlr).
"Les images de l'aéroport international Bassel el-Assad à Lattaquié en Syrie prises par satellite confirment les rapports sur des vols soutenus d'avions militaires russes à destination de l'aéroport syrien où les Russes semblent installer une base militaire", stipule le rapport.
Brian Becker souligne que cette phrase ne démontre pas grand-chose, pourtant le choix des mots est assez intelligent pour convaincre le lecteur de la "véracité" de faits que la Russie ne nie d'ailleurs pas.

"C'est hypocrite, surtout quand on sait que la Russie déclare officiellement qu'elle livre des équipements militaires à la Syrie. Ce n'est pas nouveau. Ce n'est pas une révélation incroyable comme c'est présenté au lecteur et cela n'exige donc pas d'images spectaculaires prises par satellite", a fait remarquer l'expert.

Stratfor utilise également de petits mots de spécification afin que de simples affirmations passent pour des faits. Ainsi, des expressions telles que "peut-être" ou "il semblerait que" permettent à la compagnie de faire des déclarations sans fournir de preuves.

"On peut voir des travaux tout au long de la bande d'atterrissage vers l'Est, il semblerait que ces améliorations de l'aéroport soient faites afin de permettre l'accès d'avions de transport militaire", lit-on dans le paragraphe suivant du rapport du groupe.
Les stratégies de ce genre sont utilisées à travers tout le rapport, ce qui n'est pas surprenant — Stratfor crée des histoires "sensationnelles" de ce genre depuis des années. Ainsi, un de ses pronostics récent promet la chute de la Russie, de la Chine et de l'UE avant 2025. George Friedman, le fondateur du groupe, est allé plus loin en prédisant une guerre entre les Etats-Unis et le Japon qui devait survenir à la fin de la guerre froide.

"Il s'agit d'une propagande masquée sous l'apparence du journalisme, qui est réalisée par un groupe d'académiciens et d'ex-employés du Pentagone cherchant à faire profits via la publication de "scoops" sur l'actualité s'inscrivant dans le courant médiatique populaire", a conclu Brian Becker.

Source : http://fr.sputniknews.com/international/20150915/1018172063.html#ixzz3lqXl87Nf