La Chine déloge les entreprises étrangères de son marché

par Yvan Catel  -  14 Septembre 2014, 18:40

Les entreprises américaines, présentes sur le marché chinois, se plaignent de la discrimination dont elles font l’objet de la part des autorités locales.

Un rapport de la Chambre de commerce américaine indique que plus de la moitié des entreprises interrogées se disent confrontées à une application partiale et subjective des lois chinoises.

Beaucoup de règlements ciblent trop directement les entreprises étrangères, remarque la Chambre de commerce américaine. Cela concerne tout particulièrement le secteur informatique, celui de l’automobile et les industries de haute technologie. Le pouvoir chinois a ainsi lancé des enquêtes antitrust contre les entreprises Microsoft, Qualcomm et Chrysler. Les entreprises européennes connaissent des problèmes similaires en Chine. En août dernier, la Chambre de commerce européenne a déclaré que des pressions étaient exercées sur les entreprises européennes par les organismes de régulation. Audi, AG et Daimler AG ont fait l’objet de sanctions pour violation des règles de concurrence. La Commission nationale chinoise pour le Développement et la Réforme a annoncé que les constructeurs automobiles seraient soumis à des amendes pouvant atteindre 30 millions d’euros. Dans ses mesures, Pékin n’a pas oublié les constructeurs automobiles japonais. Ils ont été accusés de s’être entendus pour faire monter les prix de leurs produits et ont été condamnés à verser une amende d’un montant total de 202 millions de dollars.

Les autorités chinoises rejettent les allégations de partialité sur les entreprises étrangères. Ils soulignent que les mesures antitrust visent à protéger les consommateurs et à créer les conditions d’une concurrence loyale et ouverte.

Néanmoins, de nombreux experts voient les choses autrement. Selon eux, l’intervention directe du gouvernement tend à réduire la libre concurrence, mais ils soulignent ici une nuance : il y a un moment où la protection des producteurs nationaux de certains segments du marché devient une mesure nécessaire au développement économique. La Chine a apparemment atteint ce stade. Les entreprises étrangères vont devoir s’adapter aux nouvelles règles du jeu, comme le souligne Vladislav Belov, spécialiste de l’Institut Européen de l’Académie des Sciences de Russie :

« Les investisseurs américains et européens semblaient s’attendre à ce que les facteurs sur lesquels ils s’appuyaient en investissant en Chine dans les années 1990-2000 restent inchangés. C’est-à-dire une main d’œuvre bon marché, un grand marché intérieur et des autorités loyales. Mais il se trouve que les Chinois n’ont pas seulement appris des Européens et des Américains à produire des produits innovants de bonne qualité, mais aussi à promouvoir leurs propres producteurs. »

Au cours des dernières décennies, la croissance économique de la Chine a, en grande partie, reposé sur les investissements étrangers. Les autorités n’ont pas seulement autorisé l’implantation d’entreprises étrangères, mais leur ont fourni des conditions favorables d’installation. Or il se trouve que parallèlement aux entreprises étrangères, les entreprises locales se sont développées dynamiquement. Nous sommes arrivés aujourd’hui au point où leurs intérêts entrent en conflit.

Les entreprises étrangères, qui se plaignent de discrimination, menacent de réduire leurs investissements et remarquent que la Chine pourrait perdre définitivement son statut de région attractive pour les investissements étrangers. Du reste, il s’agit d’une tendance réelle. Le niveau de vie de la population augmente et la main d’œuvre devient plus chère. Même les entreprises chinoises ont tendance à délocaliser leur production vers des pays « meilleur marché » de l’Asie du Sud-Est.

Les autorités chinoises reconnaissent que leur modèle de croissance économique, basé sur l’investissement étranger, est devenu obsolète. La consommation intérieure et le secteur des services devraient devenir les nouveaux moteurs de la croissance. Dans de telles circonstances, il est peu probable que le protectionnisme chinois soit motivé par des intérêts politiques et qu’il soit dirigé contre des pays ou des entreprises spécifiques. La Chine essaie seulement de stimuler l’exportation de ses capitaux propres. C’est pourquoi l’Etat se met à défendre fermement ses intérêts nationaux.

Source : http://french.ruvr.ru/2014_09_14/La-Chine-deloge-les-entreprises-etrangeres-de-son-marche-0720/

La Chine déloge les entreprises étrangères de son marché