L’Europe et l’attaque des politiques néolibérales

par Yvan Catel  -  20 Juillet 2014, 10:44

IL est évident que les politiques publiques néolibérales – qui incluent la dérégulation des marchés du travail et financiers, la réduction des salaires, la baisse et y compris la suppression de la politique sociale et la privatisation des transferts et des services publics, chers à l’État providence – menées par des partis au pouvoir, qu’ils soient conservateurs, démocrates chrétiens, libéraux ou socio-libéraux, entraînent l’Union européenne et l’Euro-zone vers une catastrophe économique et sociale.

Ces politiques, encouragées et imposées par l’axe Bruxelles (la Commission européenne), Berlin (la coalition présidée par Angela Merkel) et Francfort (la Banque centrale européenne), connu ironiquement comme l’axe de la rigueur, porte un coup sérieux au bien-être de la population, en ruinant l’économie, en démantelant les états de bien-être social de chaque pays, et en affaiblissant l’Europe sociale.

Pour preuve, le rapport accablant de l’ONG catholique Caritas, intitulé La crise européenne et son coût humain, qui analyse la situation sociale de la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Il en ressort que les coupes dans les dépenses publiques ont affecté négativement les groupes aux plus bas revenus des classes populaires, augmentant leur malaise et le chômage (spécialement chez les jeunes).

Le rapport pointe également la croissance du taux de suicide, de pauvreté, d’exclusion sociale, de stress social et du nombre de sans abris, soulignant que la crise touche les groupes les plus vulnérables, qui ont eu le moins de responsabilité dans le déclanchement et le développement de la crise, précisément dans les pays à la protection sociale insuffisante et au moindre développement de l’État-providence, comme l’Espagne.

D’où la conclusion du rapport : « Ce qui est en train de se passer est profondément injuste ». Parmi les services publics les plus touchés, le rapport Caritas cite les services sanitaires publics, dont la qualité s’est détériorée, ce qui rend plus difficile l’accès aux soins des groupes les plus vulnérables.

Ces études en confirment d’autres effectuées par des universitaires, comme l’ouvrage de David Stuckler et Sanjay Basu, intitulé The Body Economic: Why Austerity Kills, qui signale que plus de 10 000 suicides supplémentaires sont la conséquence directe des coupes sociales en Europe (et aux États-Unis). Les revues médicales britanniques The Lancet et British Medical Journal ont également alerté sur les effets négatifs des politiques d’austérité sur la santé et le bien-être des populations. Toutes les études universitaires fiables sur cette question vont dans le sens des conclusions de Caritas. « Les politiques d’austérité ne fonctionnent pas et une alternative est indispensable. »

D’autres études ont signalé également l’impact négatif du chômage et de la baisse généralisée des salaires sur la population, qui entraînent l’augmentation de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

Ainsi, pour l’Organisation internationale du travail (ILO pour ses sigles en anglais), ces politiques sont responsables de l’augmentation du chômage qui touche 116 millions de personnes dans l’Union européenne (soit un taux de 24%). L’ILO signale que, du fait de ces politiques, il y a 800 000 enfants de plus en situation de pauvreté qu’il y a 5 ans, et indique par ailleurs que si cette situation se poursuivait, L’Europe aurait dans quelques années de 15 à 20 millions de pauvres de plus qu’à l’heure actuelle.

Quant au rapport du Commissaire des Affaires sociales de la Commission, il précise que cette catastrophe sociale entrave le développement économique de l’Union européenne.

Pourquoi continue-t-on d’appliquer ces politiques ?

Une réponse crédible à cette question serait que les organismes de décision de l’Union européenne, du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, sont contrôlés par des personnages à l’idéologie néolibérale, qui ont une vision étrangère et distante de la réalité.

Les rapports de ces institutions regorgent d’optimisme, soulignant que les politiques d’austérité ont un impact très favorable sur le développement économique et sur la récupération des pays qui les mettent en œuvre, y compris les pays périphériques de l’Eurozone.

Un des porte-parole de l’axe de la rigueur est le célèbre Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, membre du groupe libéral européen, auquel appartiennent les partis libéraux espagnols, comme le CDC (Convergente démocratique catalane), le C’s(Parti de la citoyenneté) et l’UPyD (Union Progrès et Démocratie, qui ont encouragé et appliqué ces politiques avec le soutien du groupe conservateur, auquel appartiennent le PP (Parti populaire) et l’UDC (Union démocratique catalane), qui partagent le credo libéral. Cette idéologie domine également la Banque centrale européenne et le gouvernement de Merkel. Tous leurs rapports présentent une Europe qui n’existe pas, irréelle, signalant de façon erronée, que les politiques d’austérité fonctionnent et que par conséquent l’Europe est sortie de la crise.

Pour faire face à cette situation, une mobilisation générale face à l’axe de la rigueur est indispensable afin d’exiger la suppression de ces organismes qui sont antidémocratiques et illégaux. Je conviens qu’une telle proposition sera immédiatement rejetée, pour être utopique et irréalisable. C’est ce que l’on dit généralement lorsque la structure du pouvoir est remise en question.

En réalité, un nombre croissant d’associations européennes signalent la violation systématique des lois adoptées par le Parlement européen, et par les Parlements nationaux par l’axe de la rigueur. Le Pacte fiscal a été adopté dans plusieurs pays, y compris en Espagne, avec une grande opacité. Et tout ceci, dans le dos du Parlement européen. Plusieurs syndicats européens ont condamné ces constantes violations de la Charte sociale européenne. Quant au Conseil de l’Europe, il a signalé la fréquente violation des droits humains dans l’Union européenne. Une violation implicite dans les politiques imposées par l’axe de la rigueur.

Cette contestation, qui vraisemblablement devrait s’étendre dans tous les pays européens, inclura sans doute des actes de désobéissance civile pour exiger la démocratisation des institutions européennes, ce qui n’exclut par l’alternative pour les États de sortir de l’Union européenne, seul ou collectivement, si les changements se révélaient impossibles. La situation sociale en Europe, notamment dans les pays périphériques est devenue insupportable. (Tiré de Rebelion)

Vicenç Navarro

Source : http://www.granma.cu/

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