Syrie : Comment fabriquer un nouveau prétexte pour une intervention militaire étrangère ?

par Yvan Catel  -  22 Avril 2014, 07:43

Un questionnaire circule parmi les internautes syriens : « Vous attendez-vous à de nouvelles attaques chimiques dans l’une quelconque des régions syriennes ? ». La suite étant sous-entendue... pour en imputer, une fois de plus, la responsabilité au gouvernement syrien et enfin justifier une intervention militaire humanitaire qui sauverait les malheureux terroristes en déroute. Nul besoin d’être devin pour imaginer la réponse, d’autant plus que c’est i24News, une chaîne d’information israélienne dont les programmes sont diffusés en anglais, français et arabe, qui a ouvert le débat les 7 et 8 Avril 2014 [1][2]. Elle nous apprenait que, de source sécuritaire israélienne, le « régime de Bachar al-Assad a utilisé une arme chimique non létale le 27 mars 2014 sur la banlieue de Damas... ajoutant que l’agent chimique était neutralisant, mais qu’il ne tuait pas ». Non létale. Ouf ! Ce n’était donc ni le feu d’artifice nécrosant à base de phosphore blanc pour juste enfumer le ciel de Gaza lors de l’opération « plomb-durci » de 2008-2009 [3], ni le gaz sarin balancé par on-se-demande-encore-qui, le 21 Août 2013, sur les habitants de la Ghouta damascène pour juste signifier que la nébuleuse « ligne rouge », fixée par M. Obama, venait d’être dépassée. Crédibilité oblige, « la source [sécuritaire israélienne] a déclaré qu’elle confirmait les accusations formulées par les rebelles et les médecins syriens le mois dernier, selon lesquels une substance avait été utilisée contre les combattants rebelles à Harasta [4] »... mais que, contrairement à l’opposition syrienne, « elle ne pouvait confirmer une deuxième utilisation présumée d’armes chimiques par le régime d’Assad qui aurait eu lieu dans la même zone quelques jours après ». Qu’à cela ne tienne, cette fameuse ligne rouge étant par nature itinérante, elle s’est déplacée à Kafar-zayta près de Hama avec, pour preuve, une vidéo [5] publiée sur un site révolutionnaire. Une voix répète, sur fond sonore de souffrance et de pleurs d’enfants, qu’il y avait eu bombardement par hélicoptères « de chlore toxique » le 11avril 2014. Il faut quand même noter un certain cafouillage, puisque dans un autre article d’i24News, publié le 12 Avril 2014, il est bien écrit : « Selon la source israélienne, les attaques ont eu lieu le 27 mars à Harasta... ». Or, si l’on revient à la vidéo [4] correspondant à l’évènement et publié sur le même site révolutionnaire, le type au chevet d’un prétendu intoxiqué dit : « Ici la Ghouta Est. Voici l’un des touchés de la ville de Harasta... quatre autres personnes [qu’il ne nous montre pas] sont dans cet état... suite au lancement de [gaz chimique] par les forces d’Al-Assad. Nous sommes le Vendredi 11 et il est 16H45... ». Mais, peut-être y a-t-il eu bombardement de chlore toxique le 27 mars et le 11 avril sur Harasta. Qui sait ? Au point où nous en sommes, passons ! Passons, puisque les prétendus révolutionnaires, soutenus par Israël et l’OTAN, n’ont pas tardé à allonger la liste des villes et villages prétendument gazés par les avions et hélicoptères de l’Armée nationale syrienne, et surtout à réclamer que la « communauté internationale sanctionne le régime syrien pour utilisations répétées de gaz toxiques ». Ainsi, le dit ministre de la Défense Asaad Moustapha, du dit gouvernement provisoire de l’opposition, a déclaré ce lundi 14 Avril que les autorités ont utilisé des bombes transportant des « gaz toxiques » élaborés par des experts iraniens à Damas, dans sept endroits, dont Khan-chikhane, Kafar-zayta, Rankous et Jobar [6]. D’une pierre deux coups ! Et, ce même 14 Avril, RIANOVOSTI [7] nous apprenait que Moscou était « perplexe », et que M. Sergueï Lavrov avait déclaré : « Nous sommes inquiets par les informations concernant un nouveau recours à des substances chimiques ayant fait plusieurs victimes. Nous considérons que toutes les informations, tous les faits liés aux armes chimiques ou à leurs composants doivent être examinés sans délai... Nous rejetons une responsabilité particulière [pour ces attaques] sur les sponsors de l’opposition extrémiste qui n’a pas renoncé à ses tentatives de torpiller le désarmement chimique en Syrie. Ce dans le but de fabriquer un nouveau prétexte pour une intervention militaire étrangère ou même pour s’emparer des arsenaux chimiques et de leurs composantes afin de s’en servir dans des buts terroristes ». Comme si ceux-là, que M. Lavrov range sans doute par diplomatie dans l’opposition, n’étaient pas d’ores et déjà en possession de toutes sortes de composants chimiques provenant d’ici ou de là, qu’ils disent utiliser ingénieusement avec une vantardise jubilatoire. Il suffit de les écouter et de les regarder faire sur cette dernière vidéo, publiée le 12 Avril [8]. Elle montre un individu qui s’exprime dans un arabe suggérant qu’il n’est probablement pas syrien. Il tient une bouteille qui ressemblerait à une bouteille de Ketchup, et dit : « C’est pour la première fois que ceci arrive dans l’aéroport Nom incompréhensible. Ils vont voir le miracle des miracles des héros de l’état islamique... Ils vont voir les bombes dans lesquelles n’excellent que les héros de l’état de l’Islam... au nom de Dieu tout puissant ! ». Puis, il balance sa bouteille incendiaire qui explose, dégageant un volumineux nuage de fumées blanches. Impressionnant ou non, l’intention est claire ! Les héros de l’Islam ! Un Islam qui n’a rien à voir ni avec les enseignements de l’Islam, ni avec la Syrie, dont le Grand mufti, Ahmad Badr Al-Din Hassoun, a reçu le « Prix Ducci pour la paix 2014 » le 18 mars 2014 [9]. Ne pouvant se déplacer, il a demandé à « son aîné dans la foi », Monseigneur Hilarion Capucci [Kaboudgi] né à Alep comme lui, de recevoir ce prix à sa place... Mais cela, il ne faut pas en parler. En France l’anticatholicisme est à la mode et le wahhabisme, saoudien ou qatari, est un précieux allié lorsqu’il s’agit de détruire l’État syrien. Il faudrait réécouter les déclarations de Messieurs J. Lang et V. Peillon avant de juger si cette impression est fausse ou injuste. Ni les mises en garde dès fin mars, de M. Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, suite à l’interception d’appels téléphoniques entre terroristes planifiant une attaque chimique sur Jobar [10], ni les publications successives de Seymour Hersh démontrant que « le sarin de qui ? » venait de Turquie [11], ni la publication du journal Vétérans Today disant que ce sarin avait été fabriqué aux États-Unis [12], ni surtout les témoignages étouffés du peuple syrien meurtri... ne changeront rien aux allégations soutenues par la Diplomatie française et les Renseignements israéliens. Ceci, alors que Mme Jennifer Psaki, porte-parole du Département d’État américain, se contentait de dire : « Nous n’avons pas d’informations pouvant corroborer ces allégations » [13]. Sagesse ou distribution des rôles ? Tout porte à opter pour la deuxième hypothèse. Parce qu’après tout, il s’agit là des deux meilleurs alliés des USA dans la région : la Turquie qui agit ouvertement, et Israël obligé de sortir de l’ombre devant la résistance héroïque de la Syrie face à une agression dont il est déjà le premier bénéficiaire. Reste à savoir si ces deux gouvernements pensent vraiment pouvoir dominer la bête terroriste qu’ils nourrissent ou remettent sur pied pour user la Syrie, à défaut de la faire plier. Reste à savoir, si tous ceux qui versent des larmes de crocodiles sur le sort des Chrétiens de Syrie savent que c’est une Armée syrienne en majorité sunnite, soutenue par une Résistance libanaise en majorité chiite, qui a libéré hier Ma’loula l’araméenne [14], en attendant de libérer Kessab l’arménienne. Que les soldats, journalistes et photographes tombés sur le champ d’honneur, reposent en paix. Mouna Alno-Nakhal SOURCE : »» http://www.mondialisation.ca/syrie-comment-fabriquer-un-nouveau-pretex...