Marxistes des deux rives : en Bolivie "Un Etat fort, régulateur, contrôle 40% de l’économie. Il a imposé aux multinationales de nouvelles règles du jeu, un partage inédit des bénéfices : 85% pour l’Etat et 15% pour Total, pris comme exemple. Et "elles restent". "

par Yvan Catel  -  10 Avril 2014, 15:40

OUI : on peut ! Le néolibéralisme peut et doit être dépassé. Vérité ici comme de l’autre côté de l’océan.

Le 8 avril un panel de marxistes des deux rives du "charco" (l’océan), se sont rencontrés à Paris, à l’initiative conjointe de l’association "Espace Marx" et de l’ambassade de l’Etat plurinational de Bolivie. Une initiative forte, pertinente et stimulante, présidée par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Les uns et les autres étaient appelés à réfléchir ensemble, à s’apostropher, sur "l’avenir de la gauche européenne" et sur "l’actualité du marxisme".

La rencontre s’articulait autour d’un "grand conférencier" bolivien, le vice-président Alvaro Garcia Linera, l’un des penseurs majeurs de la gauche latino-américaine, connu notamment pour ses recherches sur "marxisme et indianisme", déclinées sous formes de travaux pratiques par la révolution bolivienne.

Chacun sait combien en Europe la pensée marxiste est minorée, voire censurée, stigmatisée, étouffée, quasi bannie des universités. Mais elle résiste plutôt bien et se renouvelle, se "questionne", s’enrichit, au nez et à la barbe des nouveaux Inquisiteurs de la pensée unique et du bipartisme. Michael Lowy, André Tosel, Razmig Keucheyan, Etienne Balibar, ont exposé des points de vue décapants, et planté au vice-président bolivien de stimulantes banderilles.

De l’autre côté du "charco"... On assiste en Amérique latine, depuis une vingtaine d’années, à un retour en force de la pensée critique, du marxisme et de ses diverses lectures, de la contestation du capitalisme. Il a précédé les processus de transformation sociale en cours. La légitimité, l’hégémonie, du néolibéralisme sont largement contestés. Le marxisme renoue en quelque sorte avec ses sources endogènes continentales. Le "premier marxisme" des années 1920 et en partie 1930, en Amérique latine, fut "créole", hétérodoxe, ouvert, fécond. Les pensées du Cubain Julio Antonio Mella et du Péruvien José Carlos Mariategui, témoignent de cette fraîcheur, de cette vigueur. Puis vint la prise en main par l’Internationale communiste, la "soviétisation", la soumission à un centre, à un modèle exogène...

Alvaro Garcia Linera a mis insistamment l’accent sur la nécessité des "grands récits", de la reconquête idéologique, culturelle, en abandonnant, face aux échecs, toute sinistrose, tout "repli auto-complaisant" ; tout comme l’urgence d’alternatives viables, d’horizons crédibles. Cet (ces) "horizon d’époque", crédible, est pour lui le communisme, "qui ne peut être que pluriel et démocratique".

La révolution a besoin de gauches qui parlent clair, "décomplexées", poursuivait-il. L’ex guérillero démontre comment, en Bolivie, le néolibéralisme a été "dénaturalisé", "vaincu", par des mobilisations parties d’en bas, des régions, sur une seule revendication (l’eau, puis le gaz, en tant que biens communs inaliénables, non privatisables). Elles ont essaimé et pris "la forme multitude", par des canaux non traditionnels de pression sociale. Elles ont gagné les élections, une nouvelle constitution, une révolution "communautaire", "protagonisée" par les peuples indiens et tous les exploités, une révolution pluriculturelle, pluriethnique, originale, mais qui ne saurait servir de modèle, sinon de laboratoire.

C’est le mouvement social qui a primé en décidant de devenir une force électorale. Ce mouvement et les syndicats "ont fait de la politique", sans cloisonnement. L’économie bolivienne "de transition", ce "modèle "hétérodoxe", "post-néolibéral", fait coexister les secteurs public, privé, mixte, les coopératives, les investissements étrangers, etc. Un Etat fort, régulateur, contrôle 40% de l’économie. Il a imposé aux multinationales de nouvelles règles du jeu, un partage inédit des bénéfices : 85% pour l’Etat et 15% pour Total, pris comme exemple. Et "elles restent".

Le conférencier n’a pas caché les difficultés du processus vers une société "post-capitaliste". Il a abordé, comme stimulantes, "les contradictions, créatives, entre développement, bien-être, écologie, Pachamama, et redistribution". Un débat de haute volée. Un laboratoire pour tous, marxistes et révolutionnaires des deux rives.

OUI : on peut ! Le néolibéralisme peut et doit être dépassé. Vérité ici comme de l’autre côté de l’océan.

Jean Ortiz Universitaire

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