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Publié par Yvan Catel

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente... le secret d’une bonne vieillesse n’était rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude. » - Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude) Un coup d’éclair dans un ciel serein. Gabriel Garcia Marquez s’en est allé sur la pointe des pieds. « Présidents, écrivains et célébrités, lit-on dans une dépêche de l’AFP, ont rendu un hommage général au prix Nobel colombien de littérature, Gabriel Garcia Marquez, géant des lettres latino-américaines. Le président colombien a estimé que « les géants ne meurent jamais Le président américain : J’ai eu le privilège de le rencontrer une fois à Mexico où il m’a offert un exemplaire dédicacé du livre que je chéris encore aujourd’hui ». Le président mexicain a estimé qu’ « avec son oeuvre, Garcia Marquez a rendu universel le réalisme magique latino-américain, marquant la culture de notre temps ». Pour le président du Venezuela, « Gabo a laissé son empreinte spirituelle gravée dans la nouvelle ère de notre Amérique ». La romancière chilienne Isabel Allende a dit que Garcia Marquez « fut la voix qui a raconté au monde qui nous sommes et a nous a montré à nous Latino-américains qui nous sommes dans le miroir de ses pages ». « La seule consolation est que son oeuvre est immortelle ».(1) Qui est Gabriel Garcia Marquez ? Aîné de onze enfants, Gabriel Garcia Marquez est né le 6 mars 1927, à Aracataca, un village perdu entre les marigots et les plaines poussiéreuses de la côte caraïbe colombienne. Dans l’oeuvre de Gabo, Aracataca deviendra Macondo, un endroit mythique mais réel, L’Espagnol sud-américain a fait de « macondiano » un adjectif pour décrire l’irrationnel du quotidien sous ces latitudes. Gerald Martin explique l’importance qu’eut pour le futur écrivain son village et en particulier sa maison : « pleine de monde - grands-parents, hôtes de passage, serviteurs, indiens -, mais également pleine de fantômes ». Le garçon sera élevé par ses grands-parents. Sa formation intellectuelle ainsi qu’un certain sens de la démesure lui viennent du colonel Marquez, son grand-père libre-penseur qui, pour meubler l’ennui d’un temps immobile, lui ressassait inlassablement ses souvenirs de la guerre des Mille Jours : une dévastatrice guerre civile qui, entre 1899 et 1902... » (2) Gabriel Garcia a certainement été marqué par la puissance symbolique de la Révolution algérienne qui a pu être pour lui une source d’inspiration du fait de la proximité des luttes anti-impérialistes et anticoloniales. Nous lisons : « En 1957, Il arrive à Paris en pleine guerre d’Algérie, fréquente les milieux du FLN et, pour délit de faciès, s’expose ainsi aux « ratonnades » alors pratiquées par la police française. (...) Entre-temps, Garcia Marquez est revenu en Amérique latine. En 1961, Garcia Marquez, qui travaille pour l’agence de presse cubaine Prensa Latina, effectue en journaliste et en ami du nouveau régime castriste une première visite à Cuba. (...) » (2) « L’auteur latino-américain le plus lu au monde a tourné, lit-on dans une dépêche de l’AFP, la page : Gabriel Garcia Marquez, décédé jeudi à l’âge de 87 ans, a incarné l’âme du « réalisme magique », un courant littéraire témoin d’un continent agité. Il a baigné durant toute son enfance dans une culture tropicale mêlant indigènes, esclaves d’Afrique et colons espagnols. Ces légendes aux parfums exotiques ont inspiré une oeuvre immense de contes, nouvelles et romans. Son chef-d’oeuvre, Cent ans de solitude, traduit en 35 langues a été vendu à plus de 30 millions d’exemplaires. En 1982, date de la consécration, il obtient le prix Nobel de littérature. La célèbre académie salue une oeuvre « où s’allient le fantastique et le réel dans la complexité riche d’un univers poétique reflétant la vie et les conflits d’un continent ». Dans son discours, l’écrivain, venu chercher sa récompense à Stockholm symboliquement revêtu du liqui-liqui, tenue traditionnelle de sa région, a souligne sa volonté de décrire une « réalité qui n’est pas de papier ». (...) Décrivant le journalisme comme « le plus beau métier au monde », il s’est illustré comme un admirateur de la révolution cubaine et défenseur des victimes des dictatures militaires d’Amérique du Sud. Correspondant de l’agence de presse cubaine Prensa Latina à Bogota, il a été l’ami personnel de Fidel Castro auquel il a souvent rendu visite à La Havane. « Je suis fondamentalement un écrivain, un journaliste, pas un politique », avait-il rétorqué un jour, assurant préférer agir dans l’ombre. Selon lui, cela aurait permis la libération discrète de plusieurs prisonniers politiques cubains.(3) Les bonnes causes de Gabo On dit, rapporte l’encyclopédie Wikipédia, que les opinions politiques et idéologiques de García Márquez ont été influencées par les histoires de son grand-père Nicolás Márquez. Cette influence s’est traduite sur ses vues politiques aussi bien que sur sa technique littéraire, de telle sorte que « de la même façon que sa carrière d’écrivain s’est construite à ses débuts par une opposition assumée au statu quo littéraire colombien, les opinions socialistes et anti-impérialistes de García Márquez se sont construites en opposition au statu quo global dominé par les États-Unis ». Grâce à la reconnaissance internationale, García Márquez, l’écrivain colombien, a pu jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement colombien et la guérilla, dont le M-19, les Farc et l’Armée de libération nationale (ELN) ». (4) « Il accepte également de devenir membre du Second Tribunal Russell qui enquête sur des crimes de guerre internationaux et les juges. Dans les années 1970, l’écrivain colombien publie trois articles sur la Révolution des OEillets du Portugal, à laquelle il apporte son soutien. La popularité de ses écrits a également conduit García Márquez à nouer des amitiés avec certains dirigeants puissants, dont l’ancien président cubain Fidel Castro. Il est à noter que García Márquez s’est battu pendant plusieurs années pour que le gouvernement cubain relâche la majorité de ses prisonniers, (...) Par ailleurs, en raison de sa notoriété et de ses opinions tranchées sur l’impérialisme américain, García Márquez a été étiqueté comme étant un élément subversif et, pendant plusieurs années, s’est vu refuser des visas par les autorités d’immigration américaines. » (4) Ami de Fidel Castro, il n’avait jamais fait mystère de ses convictions de gauche. Il laisse derrière lui une oeuvre prolifique. Ses romans se sont vendus à des dizaines de millions d’exemplaires, ce qui faisaient de lui l’un des auteurs les plus connus, sinon le plus connu, d’Amérique latine, Garcia Marquez, meurtri et révolté par la dictature installée au Chili depuis le coup d’Etat du général Pinochet en septembre 1973, se refuse, pour un temps, à écrire de nouveaux romans et préfère s’engager dans ce qu’il appelle « la guerre de l’information ». Il contribue dans son pays à la création d’une revue indépendante, Alternativas, fustige le capitalisme et l’impérialisme, prend la défense du tiers-monde et soutient publiquement, sans états d’âme apparents, le régime de Fidel Castro. » (4) Le roman sud-américain et l’apport de Gabriel Garcia Marquez Sa vocation pour les lettres remonte au début des années 1960 lorsqu’il s’installe au Mexique et après une rencontre avec son grand ami, l’écrivain mexicain Carlos Fuentes. « Un après-midi, nous nous sommes assis devant chez moi et nous nous sommes dit : « Qu’est-ce qu’on va faire ? Et nous avons décidé d’écrire des romans le sort en était jeté », a confié l’auteur colombien. « J’écris pour que mes amis m’aiment », se plaisait à répéter ce petit homme moustachu surnommé affectueusement « Gabo » par ses proches. Garcia Marquez n’est pas dupe. « Je suis un romancier, disait-il, et nous, les romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons. Ceci n’arrive pas aux Etats-Unis, et c’est une chance. Je n’imagine pas une rencontre au cours de laquelle Dante parlerait d’économie de marché. »(3) Justement, sur le Monde Diplomatique on découvre le rôle de Carlos Fuentes, un autre prix Nobel dans la formation des imaginaires des auteurs sud-américains nobélisés. « Lorsque Fuentes a commencé à écrire, les jeunes écrivains d’Amérique latine étaient, pour ainsi dire, sommés de choisir leur camp : on devait prendre parti pour le réalisme ou pour l’imaginaire, le fantastique ; pour l’ancrage dans la réalité nationale ou pour l’ouverture cosmopolite ; pour la littérature engagée ou pour de pures recherches formelles. Ils furent quelques-uns, autour de lui (le Colombien Gabriel García Márquez, l’Argentin Julio Cortázar, le Péruvien Mario Vargas Llosa, le Cubain José Lezama Lima), à choisir de ne pas choisir, à entreprendre de surmonter ces antinomies figées, et à réconcilier ce que la doxa s’obstinait à opposer. On a nommé cela le boom du roman latino-américain, en réalité, le plus prodigieux renouvellement de l’art du roman, probablement, qui ait surgi dans la seconde moitié du XXe siècle. (...) » (5) A bien comprendre la « stratégie » de leur réplique avec les armes de l’esprit, ces auteurs prolifiques ont fait de leur patrimoine spolié du fait des invasions coloniales, une cinquième colonne dans la littérature occidentale. Nous lisons :« La conquête hispanique du Nouveau Monde fut sanglante, destructrice ? Oui, mais il en est né une civilisation métissée, vivante, riche de sa diversité. Les sociétés précolombiennes ont été anéanties ? Oui, mais l’imaginaire indien est passé dans la langue des vainqueurs, à l’instar de ces églises mexicaines où le paradis des indigènes se propulse dans l’iconographie catholique imposée. Les intellectuels les plus radicaux, en Amérique latine, ont parfois pu lui reprocher ses positions un peu trop sagement sociales-démocrates,.. Notons que Fuentes, pour autant, n’a jamais cessé de dénoncer l’impérialisme des Etats-Unis, la domination imposée à l’Amérique latine. Il ne fut pas de ceux, nombreux, qui ont glissé de la légitime critique antitotalitaire à l’acceptation de l’ordre mondial établi ; ce fut même le sens profond de sa rupture avec Vargas Llosa ou de sa légendaire querelle avec Octavio Paz. » (5) Cent ans de solitude C’est le roman qui donna la réputation et la gloire à Gabo, il fut traduit en 35 langues. « Dès sa publication en 1967, à Buenos Aires, l’engouement rencontré par Cent ans de solitude est extraordinaire. « A la fois épopée familiale, roman politique et récit merveilleux, c’est « le plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte », selon le poète chilien Pablo Neruda. L’écrivain y déploie, sans une seconde d’enlisement ni de distraction, son langage puissant, à la fois exubérant et parfaitement maîtrisé. Depuis, la fondation du village fictif de Macondo se déploie sur six générations. Toute l’Amérique latine se reconnaîtra bientôt dans cette saga héroïque et baroque. Cinq ans après sa sortie » (4) Cent ans de solitude (titre original : Cien años de soledad) souvent cité comme le texte le plus représentatif du réalisme magique, faisant cohabiter plusieurs genres littéraires et juxtaposant un cadre historique avéré et des références culturelles vraisemblables à des éléments surnaturels ou irrationnels. Il narre le parcours de la famille Buendia sur six générations, habitant le village imaginaire de Macondo et acculée à vivre cent ans de solitude par la prophétie du gitan Melquíades. Elle va ainsi traverser les guerres et les conflits propres à l’histoire colombienne. Tout au long du roman, tous les personnages semblent prédestinés à souffrir de la solitude comme une caractéristique innée à la famille Buendia. Le village même vit isolé de la modernité, toujours en attente de l’arrivée des gitans qui amènent les nouvelles inventions ; et l’oubli, fréquent dans les événements tragiques récurrents dans l’histoire de la culture que présente l’oeuvre.( ;..) Une autre particularité très intéressante de ce livre est l’association du surnaturel avec un certain nombre de fragments de la Bible et de la tradition catholique, comme son évolution depuis la création de Macondo (Genèse) jusqu’à sa destruction par des « vents babyloniens » (Apocalypse) ».(4) Cent ans de solitude, écrit Pierre Maury, est aussi celui qui condense l’essentiel de son univers imaginaire inspiré du réel, en même temps qu’il porte à leur plus haut degré ses qualités narratives et stylistiques Dans sa préface à l’édition française, Albert Bensoussan écrivait : « Gabriel García Márquez, fasciné par l’absolu de l’écriture et la puissance du verbe, en modelant dans le tohu-bohu génésiaque Cent ans de solitude, s’est voulu Créateur, en majuscule et en majesté, maître souverain d’un monde inscrit dans l’Histoire. » La première phrase est un tour de force. L’écrivain y convoque, dans un temps dont nous ignorons encore tout, le futur et le passé : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. » (6) Que devons-nous retenir de Gabo ? Peut-être cet hymne à l’amour en forme de testament : « Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m’offrait un bout de vie, je profiterais de ce temps le plus que je pourrais. (...) J’accorderais de la valeur aux choses, non pour ce qu’elles valent, mais pour ce qu’elles signifient. Je dormirais peu, je rêverais plus, j’entends que pour chaque minute dont nous fermons les yeux, nous perdons soixante secondes de lumière. (...) Si Dieu me faisait présent d’un bout de vie, je me vêtirais simplement, m’étalerais à plat ventre au soleil, en laissant non seulement mon corps à découvert, mais aussi mon âme. (...) Je ne laisserais pas un seul jour se terminer sans dire aux gens que je les aime, que je les aime. » (7) « Aux hommes, je prouverais combien ils sont dans l’erreur de penser qu’ils ne tombent plus amoureux en vieillissant, sans savoir qu’ils vieillissent en ne tombant plus amoureux. Aux anciens, j’apprendrais que la mort ne vient pas avec la vieillesse, mais avec l’oubli. J’ai appris tellement de choses de vous autres, les humains... (...) J’ai appris que lorsqu’un nouveau-né serre avec son petit poing, pour la première fois le doigt de son père, il l’a attrapé pour toujours. J’ai appris qu’un homme a le droit de regarder un autre d’en haut seulement lorsqu’il va l’aider à se mettre debout. Dis toujours ce que tu ressens et fais ce que tu penses. (...) Si je savais que ce sont les derniers moments où je te vois, je dirais « je t’aime » et je ne présumerais pas, bêtement, que tu le sais déjà. (...) Le demain n’est garanti pour personne, vieux ou jeune. Aujourd’hui est peut être la dernière fois que tu vois ceux que tu aimes. Alors n’attends plus, fais-le aujourd’hui. (..) Il y a tellement de choses que j’ai pu apprendre de vous autres...Mais en fait, elles ne serviront pas à grande chose, car lorsque l’on devra me ranger dans cette petite valise, malheureusement, je serai mort ». (7) Tout est dit. Gabriel Marquez est mort, mais il continue de vivre à travers ses œuvres. Dans mille ans on relira avec plaisir Cent ans de solitiude, pendant que les princes qui gouvernent- dans leur immense majorité- le monde ne seront plus que des mauvais souvenirs. Chems Eddine Chitour 1. Présidents et célébrités rendent hommage à Garcia Marquez AFP 18.04.14 2. http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/04/17/l-ecrivain-gabriel-garcia-marquez-est-mort_4401388_3382.html 3. Biographie de Gabriel Garcia Marquez : AFP jeudi 17 avril 2014 4. Gabriel Garcia Marquez : Encyclopédie Wikipédia 5. Guy Scarpetta : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/07/SCARPETTA/49350 6. Pierre Maury http://www.lesoir.be/523808/ article/culture/livres/2014-04-17/cent-ans-solitude-chef-d-oeuvre-gabriel-garcia-marquez 7. Gabriel Garcia Marquez : lettre d’adieux à ses amis URL de cet article 25245 http://www.legrandsoir.info/la-solitude-des-bonnes-causes.html

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