Montebourg nous bourre le mou

par Yvan Catel  -  2 Février 2014, 22:01

Montebourg appartient au vieux monde : celui du fossile, de l’oubli de l’écologie, de la soumission au capital. Il nous fait perdre du temps. En focalisant l’attention sur une piste bloquée, il nous empêche d’imaginer et d’amorcer la société sans pétrole qui sera celle de l’avenir.

On ne sait jamais, avec les « responsables » politiques, s’ils sont menteurs ou ignorants. L’ex-avocat Montebourg est un beau parleur mais l’on doute de l’étendue de sa culture scientifique. Peu lui importe. L’essentiel est d’être au pouvoir.

Elu de Saône-et-Loire – où se situe une des principales usines d’Areva -, il défend mordicus l’énergie nucléaire. Ministre du Redressement productif, il entend défendre l’industrie, dont il relaie le discours. L’industrie veut du gaz de schiste, persuadée que le miracle états-unien – qui fait baisser le prix de l’énergie – se reproduira en Europe ? Le ministre veut du gaz de schiste.

Oublié, donc, le puissant mouvement populaire a jeté des dizaines de milliers de personnes en quasi rébellion dans le sud de la France en 2011. Jeté aux oubliettes le vote de l’Assemblée nationale à une très large majorité en 2011 sur l’interdiction de la fracturation hydraulique. ? Ministre de « gauche », M. Montebourg se fait le colporteur le plus actif du lobby du gaz de schiste. Il faut de la « recherche » ! Et la technologie miraculeuse va faire que, « dans très peu de temps, [on arrivera] au gaz de schiste écologique, où il n’y a pas de pollution ».

Le ministre pense en fait à l’exploitation par fluoropropane, comprenant moins de produits chimiques – donc de source de pollution de l’eau qu’avec les produits chimiques actuels -, mais qui ne change rien à la fracturation elle-même, ni aux fuites de méthane – un puissant gaz à effet de serre -, ni au fait que le gaz lui-même est un combustible fossile source de CO2 à effet de serre, ni enfin à l’impact paysager que représentent les nombreux puits d’exploration.

Et quelle recherche ? Publique, sous l’égide du CNRS, et affranchie de l’objectif prioritaire du profit ? Nenni : il s’agit essentiellement, sous le beau mot de « recherche », encore auréolé dans le débat du désintéressement d’un Louis Pasteur ou d’une Marie Curie, de favoriser la recherche menée par les entreprises privées, comme le révèle une lecture attentive du projet de Code minier. Et quant à l’exemple avancé de la Grande-Bretagne, on oublie soigneusement de dire que le gouvernement du conservateur M. Cameron subventionne les entreprises qui se livrent à l’exploitation du gaz de schiste. Comme d’ailleurs, on oublie toutes les subventions et avantages cachés dont bénéficie de son côté l’énergie nucléaire.

On ignore pourquoi M. Montebourg, qui nourrit le passionnant dessein d’être président de la République, concurremment avec son collègue M. Valls, défend avec tant d’énergie une cause chère aux plus grandes entreprises et si peu au peuple français. Mais on le devine. Car il y a plus de chance de progresser dans la carrière en souriant aux patrons du CAC 40 et aux medias qu’ils contrôlent qu’en défendant les intérêts véritables du pays.

On rêverait que ce personnage, et d’autres du même acabit, dotés d’un incontestable talent de la communication, mettent leur ambition et leur intelligence à défendre les économies d’énergie, source de tant de bénéfices économiques pour le pays et créatrices d’emplois. Mais cela ne plait pas aux grands intérêts qui nous dirigent, et remetttrait en cause le dogme de la croissance.

On continue donc dans la recherche inextinguible de sources d’énergie inépuisable, quel qu’en soit le prix écologique. Et l’on ignore que le boom états-unien a toutes les chances de plafonner dès 2016.

Montebourg appartient au vieux monde : celui du fossile, de l’oubli de l’écologie, de la soumission au capital. Il nous fait perdre du temps. En focalisant l’attention sur une piste bloquée, il nous empêche d’imaginer et d’amorcer la société sans pétrole qui sera celle de l’avenir.

Source : Reporterre. Photo : Le Point

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