Les agissements criminels de Chevron-Texaco ne peuvent être cachés plus longtemps !

par Yvan Catel  -  19 Février 2014, 23:09

Partout dans le Monde, les Transnationales nous pourrissent ! Nationaliser ces firmes est le seul moyen de les mettre au service des peuples !

QUITO. — « Nous ne montrons pas à la communauté internationale la catastrophe écologique provoquée pas les activités de la compagnie pétrolière Chevron dans le nord-est de l’Équateur seulement dans notre propre intérêt, mais dans celui de nombreux autres peuples qui subissent l’impact dévastateur des transnationales et se voient refuser les indemnisations pour les dommages subis »

Ce commentaire de Ricardo Patiño, ministre équatorien des Affaires étrangères et de la mobilité humaine, résume la dimension de la campagne La main sale de Chevron, lancée à l’échelle internationale, à travers laquelle le peuple équatorien et le gouvernement de Rafael Correa font face aux arguments fallacieux et aux diffamations du géant pétrolier que se refuse à assumer ses graves responsabilités dans cette affaire de pollution.

Patiño nous a reçus au siège du ministère des Affaires étrangères, quelques heures après notre visite dans les zones où Texaco a opéré jusqu’en 1992, dans les provinces de Sucumbios et Orellana. Nous avons pu constater sur le terrain l’ampleur de la catastrophe – une expérience que nous publierons prochainement dans ces pages –. Texaco a fusionné avec Chevron en 2001, et par conséquent la compagnie a hérité du problème. Le dialogue avec le ministre a débuté par une exposition claire de l’agression environnementale.

« Texaco a déversé quelque 71 millions de litres de résidus et de déchets, et 64 millions de litres de pétrole sur une surface de deux millions d’hectares de l’Amazonie équatorienne. Au terme de ses opérations dans le pays, la compagnie pétrolière aurait pu réparer les dommages, mais elle ne l’a pas fait. Les citoyens affectés par la transnationale, regroupés au sein du Front de défense de l’Amazonie, ont décidé de porter l’affaire devant la justice pour obtenir réparation. Accablée par les preuves, la compagnie nord-américaine a réagi en attaquant sur le plan judiciaire et médiatique, non les plaignants mais le gouvernement équatorien. »

Où en est le procès à l’heure actuelle ?

Le ministre Ricardo Patiño. En 2011, après une procédure interminable, la Cour de Sucumbios, dans la province du Nord-est, a condamné Chevron à une amende de 9,5 milliards de dollars. Une somme qui a été doublée au motif que la transnationale n’avait pas présenté d’excuses publiques.

Le 13 novembre dernier, la Cour suprême a ratifié la sentence, ramenant cependant l’amende à son montant d’origine, soit 9,5 milliards de dollars. Rappelons que bien avant que la Cour provinciale n’ait rendu son verdict, Chevron avait entamé des procédures contre notre gouvernement : d’abord en 2004, devant une cour fédérale de New York avec la prétention de rejeter la responsabilité sur Petroecuador, notre organisme pétrolier d’État, une plainte que le juge a déclarée sans fondement.

En 2006, la compagnie Chevron a porté l’affaire devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye : un procès connu sous le nom d’Affaire Chevron II. Cette instance s’est déclarée compétente et a condamné l’État équatorien à payer 96 millions de dollars à Chevron pour de prétendues violations du Traité bilatéral Équateur-États-Unis sur la protection des investissements. L’Équateur a présenté une action en annulation, considérant que ce traité, entré en vigueur en 1997, soit 5 ans après la fin des opérations de Texaco, n’a pas d’effet rétroactif.

En 2009, la compagnie est revenue à La Haye avec les mêmes arguments : la non-respect du Traité bilatéral, la soi-disant culpabilité de Petroecuador et sa non responsabilité du fait qu’en 1998 un accord avait été signé entre le gouvernement de l’époque et la compagnie, qui avait dégagé Texaco de ses responsabilités environnementales.

Ce procès, dénommé Chevron III, est toujours en cours. Pour l’instant, le tribunal de La Haye a rendu un jugement en vertu duquel il est demandé, d’une part à notre gouvernement de s’abstenir d’exécuter la sentence de la cour de Sucumbios, et considère d’autre part que Chevron ne peut pas être exonéré de la responsabilité face aux citoyens équatoriens. Par ailleurs, notre ministère de la Justice a demandé au tribunal de La Haye l’annulation de l’action introduite par le géant pétrolier. Ils n’ont pas encore compris qu’en Équateur, la séparation des pouvoirs de l’État est inscrite dans la Constitution et que le gouvernement ne peut pas interférer dans une décision du pouvoir judiciaire. Ils n’ont pas compris non plus que ce n’est pas l’État qui a porté plainte contre Chevron-Texaco mais les citoyens.

Au-delà des arguments juridiques, quelles sont les prétentions de Chevron ?

Que l’Équateur assume les énormes dommages qu’eux mêmes ont causés à la nature et aux êtres humains, et que nous payions pour ce qu’ils ont fait. Le comble du cynisme ! Mais la vérité se fait jour. Les agissements criminels de Chevron-Texaco ne peuvent pas être cachés plus longtemps.

L’Équateur se sent-il accompagné dans cette bataille ?

Nous avons reçu des marques de sympathie de femmes et d’hommes de bonne volonté de nombreuses parties du monde. Environ 30 comités de soutien ont été constitués en Amérique latine, dans la Caraïbe et en Europe. Des prestigieux artistes sont venus constater la gravité des dommages écologiques, comme l’acteur nord-américain Danny Glover et le chanteur espagnol Luis Eduardo Aute. Par ailleurs, les parlements du Brésil et de la République dominicaine et de certains États de l’ALBA ont exprimé leur solidarité.

Vous avez signalé le soutien de certains pays de la région. Cela traduit-il les changements qui s’opèrent en Amérique latine ?

Nous sommes beaucoup plus indépendants, et les mécanismes de concertation régionale en sont la preuve. Nous avons franchi un pas important avec la création de la CELAC. Le fait que Cuba exerce la présidence cette année a une grande valeur symbolique, car c’est rendre justice à un pays et à un peuple dont nous sommes fiers. Cependant, au-delà du symbolique, Cuba a joué un rôle exemplaire dans la construction de cette instance, en facilitant le dialogue et la reconnaissance devant d’autres blocs régionaux et pays du monde. Après Cuba, en 2014, la présidence reviendra au Costa Rica, et en 2015 à l’Équateur.

Quel avenir pour la CELAC ?

Il s’agit d’une organisation à la mesure de nos peuples et de notre temps. Prenez par exemple l’Organisation des États américains (OEA) : lors des votes récents, on a pu constater de plus en plus de différence entre les États-Unis et le Canada d’un côté, et nous de l’autre. Bientôt la CELAC sera le reflet de la Grande patrie des peuples d’Amérique latine et de la Caraïbe.

Pour conclure, comment s’articule la diplomatie équatorienne avec le processus interne de changements que vit le pays ?

Notre politique étrangère s’appuie sur les réussites et les aspirations de la Révolution citoyenne et sur la volonté de les partager, en premier lieu avec les pays frères de la région et, bien sûr, avec le reste du monde. Nous pouvons démontrer qu’il est possible de lutter contre la pauvreté, d’encourager le développement durable, de protéger nos ressources naturelles, et de mettre en place des politiques d’inclusion en favorisant la formation de talents. Grâce à l’aide de Cuba et du Venezuela, nous avons mis en place un programme de prise en charge spécialisée des personnes handicapées. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est de partager l’idée que la justice et l’espoir sont possibles.

INTERVIEW DE RICARDO PATIÑO, MINISTRE ÉQUATORIEN DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Source : Granma International (www.granma.cu)

Les agissements criminels de Chevron-Texaco ne peuvent être cachés plus longtemps !