L’Ukraine et le retour du fascisme • Un danger qui plane sur tout le continent européen

par Yvan Catel  -  9 Février 2014, 00:19

LA violence dans les rues de l’Ukraine est bien plus qu’une expression de colère populaire contre un gouvernement. En réalité, il s’agit du dernier exemple de la recrudescence de la forme la plus insidieuse du fascisme que l’Europe ait connue depuis la chute du Troisième Reich.

Ces derniers mois, l’opposition politique ukrainienne et ses partisans ont organisé de nombreuses manifestations, de toute évidence en réponse au refus du président ukrainien Viktor Ianoukovitch de signer un accord commercial avec l’Union européenne, ce qui était considéré par de nombreux observateurs politiques comme le premier pas vers l’intégration européenne.

Les manifestations se déroulèrent dans un calme relatif jusqu’au 17 janvier lorsque certains manifestants casqués, armés de gourdins et de cocktails molotov, se sont déchaînés contre les forces de l’ordre, ont occupé des bâtiments publics, attaqué toute personne suspecte de sympathie envers le gouvernement, et en général causé de nombreux dégâts dans les rues de Kiev.

Mais qui sont ces extrémistes violents et quelle est leur idéologie ?

Le mouvement Pravy Sektor (Secteur de droite), est une organisation composée de groupuscules de droite (lire fascistes) ultranationalistes, notamment des partisans du parti Svoboda (Liberté), des Patriotes d’Ukraine, de l’Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense nationale ukrainienne (UNA-UNSO) et Trizouba. Toutes ces organisations partagent une idéologie commune, violemment anti-russe, anti-immigrants, et par-dessus tout antisémite. Par ailleurs, ils sont également adeptes des idées de l’Organisation des nationalistes ukrainiens – qui fut dirigée à l’époque par Stepan Bandera – des collaborateurs nazis qui combattirent activement contre l’Union soviétique et participèrent à certaines des pires atrocités commises durant le Deuxième guerre mondiale.

Alors que les forces politiques d’opposition et le gouvernement continuent de négocier, une bataille bien différente se livre dans les rues. En recourant à l’intimidation et la force brutale, plus propres des « Chemises brunes » d’Hitler ou des « Chemises noires » de Mussolini que d’un mouvement politique contemporain, ces groupes sont parvenus à transformer un conflit pour des raisons économiques et des choix politiques du pays en un combat existentiel pour la survie même de l’Ukraine, que ces « nationalistes » prétendent aimer passionnément.

Les images de la ville de Kiev en feu, des rues de Lviv prises d’assaut par les groupes de casseurs, et autres exemples effrayants de chaos dans le pays, illustrent sans l’ombre d’un doute que les négociations politiques avec l’opposition sur la Maïdan (la Place centrale et centre des manifestations) ne sont plus la question principale. Il s’agit plutôt du problème du fascisme ukrainien et s’il faut le soutenir ou le combattre.

Quant aux États-Unis, ils soutiennent fermement l’opposition, sans se préoccuper de son caractère politique. Au début du mois de décembre, certains membres de l’establishment nord-américain comme John McCain et Victoria Nuland ont été aperçus sur la Place Maïden, apportant leur soutien aux manifestants. Cependant, même si le caractère politique de l’opposition est devenu évident ces derniers jours, la classe dirigeante US et européenne, ainsi que leur machinerie médiatique ont peu fait pour condamner le retour du fascisme. Au contraire, leurs représentants se sont réunis avec les membres du Pravy Sektor et ont estimé qu’ils ne « constituaient pas une menace ». En d’autres termes, les États-Unis et leurs alliés ont donné leur approbation tacite à la poursuite et à l’intensification de la violence au nom de leur objectif final : le changement de gouvernement.

Dans le but d’arracher l’Ukraine de la zone d’influence russe, l’alliance États-Unis-Union européenne-OTAN n’a pas hésité à s’allier – ce n’est pas la première fois – avec les fascistes. N’oublions pas que pendant des décennies, des millions de Latino-américains ont été enlevés ou assassinés par les forces fascistes et paramilitaires armées, soutenues pas les États-Unis.
Les moudjahidins d’Afghanistan, qui par la suite ont rejoint les rangs des extrémistes d’Al-Qaïda, furent créés et financés par les États-Unis dans le but de déstabiliser la Russie. Dans parler de la douloureuse réalité de la Libye et, plus récemment de la Syrie, où les États-Unis et leurs alliés financent et appuient les groupes djihadistes contre un gouvernement qui a refusé de s’aligner sur les États-Unis et Israël. Il existe un patron inquiétant que les observateurs politiques attentifs ne sauraient ignorer : les États-Unis font toujours cause commune avec les extrémistes et les fascistes dans le but de satisfaire leur intérêts politiques.

La situation en Ukraine est très inquiétante. Elle constitue en effet une déflagration politique qui pourrait facilement embraser le pays moins de 25 ans après son indépendance de l’Union soviétique. Par ailleurs, il existe un autre aspect tout aussi inquiétant : la résurgence du fascisme dans ce pays… et il n’est pas le seul.

La menace fasciste dans tout le continent

La montée de l’extrême droite en Ukraine ne saurait être considérée, et encore moins comprise, comme un fait isolé. Elle doit plutôt être vue comme faisant partie d’un phénomène croissant dans toute l’Europe –et dans le monde. Un phénomène qui menace les fondements mêmes de la démocratie.

En Grèce, l’austérité sauvage imposée par la troïka (FMI, Banque centrale et Commission européenne) a paralysé l’économie du pays et l’a conduit à une dépression aussi dure, pour ne pas dire pire, que la Grande dépression aux États-Unis. Face à cet arrière-fond de collapsus économique, le parti Aube dorée a grandi jusqu’à devenir la troisième force politique du pays. Fondé sur une idéologie de haine, l’Aube dorée – un parti néo-nazi qui prône le nationalisme antisémite, anti-émigrants et anti-femmes – est une formation politique considérée par le gouvernement grec comme une menace pour le tissu même de la société.

En France, le Front national de Marine Le Pen, qui se revendique des idées d’extrême droite, a obtenu près de 18% des suffrages au premier tour des élections présidentielles.

Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté – qui prône des politiques anti-musulmans et anti-émigrants – est devenu la troisième force du Parlement. Dans toute la Scandinavie, les partis ultranationalistes, qui autrefois ne jouaient qu’un rôle insignifiant et obscur, effectuent aujourd’hui une percée significative aux élections. Ces phénomènes sont préoccupants, pour ne pas dire plus...

Ces quelques exemples commencent à donner une image très négative de la politique extérieure des États-Unis, qui tentent d’utiliser les difficultés économiques et l’agitation politique pour étendre leur hégémonie dans le monde entier. (Extrait de CounterPunch)

Source : Granma international (www.granma.cu)

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