Les dernières études de l'INSEE : Comment le capitalisme financier a précarisé les français

par Yvan Catel  -  31 Janvier 2014, 00:04

C’est un ouvrage remarquable que publie ce mercredi 29 janvier l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) : pour la première fois, il présente et met en forme des séries statistiques sur une longue période, ce qui permet d’appréhender – c’est le titre du document – « trente ans de vie économique et sociale ».

Agrémenté d’innombrables graphiques, le travail des statisticiens permet de cerner les mutations profondes du capitalisme français ces trois dernières décennies et d’appréhender les fortes inégalités qu’elles ont charriées. Avec à la clef, notamment, un partage des richesses qui avantage de plus en plus le capital au détriment du travail et qui pousse à une véritable explosion des dividendes servis aux actionnaires.

La présentation sur trois décennies des évolutions internes du capitalisme français devient saisissante : on se rend compte à quel point de nombreux dirigeants politiques, de droite comme de gauche, enjolivent les choses quand ils prétendent que la France a été, en partie, à l’abri de certaines des inégalités charriées par la mondialisation néolibérale et qu’elle a su protéger son modèle social.

En réalité, les statistiques disent tout l’inverse. Elles confirment que la France n’a pas été à l’abri de ces mutations, mais qu’elle en a même été l’un des acteurs clés, avançant à vive allure vers un capitalisme patrimonial, ou si l’on préfère, un capitalisme d’actionnaires. C’est ce qu’établissent ces séries : la tyrannie de plus en plus forte exercée par le capital sur le travail.

Le constat saute tout de suite aux yeux. Pendant les Trente Glorieuses, ce taux de marge est confortable, sans être exorbitant. Nous sommes à l’époque du capitalisme dit « rhénan », qui autorise un partage capital-travail ou, si l’on préfère, un partage salaire-profit, relativement équilibré. En somme, c’est un capitalisme qui accepte le compromis social, et le partage capital-travail se fait en fonction des rapports de force politiques ou sociaux du moment.

Mais après une période de décrochage, du second choc pétrolier jusqu’au virage de la rigueur, au cours de laquelle le taux de marge pique du nez, ce dernier finit par se redresser vivement. Au lendemain du tournant de la « rigueur », sous les effets de la politique de désindexation des salaires conduite (déjà !) par les socialistes, ce taux de marge grimpe ensuite à des niveaux historiques. Et dans la période récente, il n’a que peu faibli, sous les effets de la crise financière.

On y découvre en effet que le basculement de la France dans un type de capitalisme à l’anglo-saxonne a induit un partage des richesses encore plus violent qu’on ne le dit le plus souvent. Car le partage des richesses créées par les entreprises a été déformé, comme on vient de le voir, à l’avantage du capital et au détriment du travail. Mais au sein même du capital, le capitalisme d’actionnaires a poussé à un nouveau mode de partage, au détriment de l’investissement et à l’avantage des dividendes. C’est ce que montre cette infographie de manière spectaculaire puisque la part des dividendes grimpe de 12 ou 13 % en 1980 à près de 30 % aujourd’hui. Et ce qu’il faut bien prendre en compte, c’est que l’évolution ne concerne pas que les grands groupes, ceux du CAC 40. Non ! L’Insee parle ici de toutes les entreprises (non financières).

Sans grande surprise, on découvre également que si tout au long des Trente Glorieuses, le pouvoir d’achat a été soutenu (avec des hauts et des bas), il est entré dans les années 1980 dans une phase beaucoup plus dépressive, avant même de régresser sous les effets de la crise.

On comprend donc que ces mises en perspective sont très précieuses pour éclairer le débat public. Soit dit en passant, elles permettent aussi de comprendre les graves conséquences que risquent d’avoir les cadeaux que François Hollande fait aux entreprises : ils vont encore accentuer ces tendances. Avec, pour les actionnaires, des perspectives de dividendes encore plus formidables…

Source : Mediapart / http://news360x.fr (télécharger les différents documents)

N.B : Il est possible de télécharger les documents mentionnés ci-dessus :

◾Avant et après les chocs pétroliers : l’économie française de 1949 à 2012

◾De l’exploitation familiale à l’entreprise agricole

◾Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques

◾Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites

◾Trois décennies d’évolutions du marché du travail

◾Fiches thématiques : populations et territoires

◾Fiches thématiques : emploi et revenus

◾Fiches thématiques : condition de vie et société

◾Fiches thématiques : économie et finances

◾Fiches thématiques : système productif