Prisonnier assassiné à la prison de Victorville

par Yvan Catel  -  5 Décembre 2013, 00:51

Gerardo, un des Cinq, a été coupé de tout contact avec ses proches pendant 15 jours.

Une Cubaine décrit les peines qu’ils passent au deux cotes, du a l’incarcération injuste et cruelle que les impose le gouvernement et la ‘justice’ Etatsunisienne, pendant déjà 15 ans : Un article émouvant.

Tout commence avec le silence. Pire que d’habitude, plus encore que celui qu’impose l’injustice depuis plus de 15ans, il apporte l’anxiété. L’angoisse augmente. D’abord, on peut imaginer que c’est une sensation légère, arrivée depuis peu, qu’on essaye de chasser avec une pensée positive : « Ça n’est rien ; allez, appelle plus tard ou écris un courrier », et puis ça commence à augmenter, quand le téléphone ne sonne pas, quand aucun message nouveau n’arrive dans la boîte aux lettres, quand personne ne sait rien. L’angoisse doit grandir tellement qu’elle ne laisse plus d’air à cette famille ; il se passe la même chose dans quatre familles cubaines. Ils auraient pu s’être habitués après autant de temps, en fin de compte Gerardo Hernández Nordelo est condamné, malgré qu’il soit innocent, à deux peines à perpétuité plus 15ans de réclusion. De plus, il purge sa peine dans une prison de haute sécurité. Mais qui pourrait s’habituer à savoir un de ses proches en danger ? À avoir la certitude la plus absolue que la prison n’est pas un lieu pour un homme bon ? À se sentir impuissant face à l’injustice et, à chaque instant, face au silence ? Que peut-il bien se passer? Est-il malade ? Et si sa tension augmentait comme en 2010 ? L’auraient-il conduit sans raison « au trou », comme tant de fois ? Un autre prisonnier l’a peut-être blessé ? Una bagarre ? Voici peut-être les questions que se posent Adriana, l’épouse de Gerardo, Chabela, sa sœur, ou ses amis. Après tant de doutes sans réponses, il doit rester une douleur intense, les prières pour qu’arrive un signal de vie. Combien de fois les familles des Cinq sont-elles passées par cette angoisse ? Cela fait une quinzaine de jours que Gerardo ne s’est plus manifesté. Et le cycle terrible de l’incertitude familiale a recommencé une fois de plus. En fouillant sur internet, on a trouvé une nouvelle terrible, mais qui pourtant n’a rien d’extraordinaire dans le système pénitentiaire américain. Daily Press, un journal local de Californie, a donné quelques éclairages sur les raisons du silence de Gerardo. «Inmate killed at Victorville prison» (Prisonnier assassiné à la prison de Victorville). Le titre à lui seul était suffisant pour que le sol se dérobe sous les pieds d’Adriana, de tous. Les paragraphes suivant n’était pas très rassurant : le prisonnier avait été retrouvé mort sans sa cellule, après avoir subi «a serious assault» (un assaut sérieux), selon le Bureau Fédéral des Prisons. Le nom du détenu n’a pas encore été indiqué et la prison était maintenue en lockdown, c’est à dire que les 1300 prisonniers sont maintenus en cellule, pendant que le FBI enquête sur l’incident. En supposant que l’épouse de Gerardo et le reste de sa famille soient arrivés jusqu’à la fin de la nouvelle, il est facile d’imaginer qu’il ne restait alors que des doutes, que l’angoisse installée dans le cœur a débordé des murailles de la carapace quotidienne. Ils devinaient déjà les raisons du silence. Maintenant, plus de questions encore et l’avalanche de conjectures : qui peut bien être ce prisonnier ? Qu’a-t-il pu se passer dans son unité ? Et si maintenant les bandes de la prison faisaient des représailles ? Et si … ? Une suite interminable de questions. Les heures passées à espérer deviennent éternelles et tout arrive à des milliers de kilomètres. On se rattache au scénario le meilleur. On imagine René préoccupé, les cinq familles –qui n’en sont qu’une– en train d’attendre que retentisse la sonnerie du téléphone. Ils connaissent comme personne les heures de désespoir. D’autres fois, ça a été Ramón, Tony ou Fernando qui ne donnaient plus de signaux. C’est peut-être le moment de rappeler que, comme chacun des Cinq, en 15 ans de détention injuste derrière les barreaux, Gerardo n’a jamais eu de rapport disciplinaire, son attitude a toujours été irréprochable. Cependant, il est très probable qu’on repense rapidement, comme un coup de massue, au fait qu’il est entouré d’assassins, de gens qui ont commis les pires crimes. Commence alors une lutte interne. Une bataille qui non seulement se livre de ce côté mais aussi dans la solitude de la cellule de Gerardo, qui se désole surement de savoir les siens se préoccuper, de savoir Adriana souffrir d’insomnie. Peut-être même qu’elle n’a plus d’appétit, et lui n’aime pas qu’elle ne mange plus. Tous veulent croire que tout va bien, mais en vérité, il y a toujours du danger, parce que Gerardo, de même que Ramón, Fernando, Antonio et René, n’aurait jamais du se retrouver derrière les barreaux. Sauver la vie d’êtres humains, aussi bien cubains qu’américains, ne pouvait pas être punis. Gerardo devrait être près de son épouse, avec sa famille, entouré de ses enfants et de ses neveux. Plus encore : il devrait être entouré de ces enfants qu’il n’a pas pu avoir. Quand le téléphone sonne, quand on reconnaît sa voix, on retrouve un peu de paix : «Il va bien ! » Ensuite viennent les questions, auxquelles il répond en vitesse –on ne lui a accordé que quelques minutes–, la joie momentanée. Gerardo a déjà pu parler un peu à sa famille, mais la peur d’un prochain silence reste présente, tapie. Le risque qu’il doive encore vivre plus longtemps dans ces conditions, qu’il meure là-bas, comme ils le veulent. Un autre lockdown. Une fois de plus, Gerardo ne donne plus de nouvelle, on n’en connaît pas la raison. En ce moment-même, il est à nouveau seul dans sa cellule. Commence alors un nouveau cycle d’incertitudes.

trad.: Axelle Thirifays

Prisonnier assassiné à la prison de Victorville