Dossier Municipales : La face déchets du capitalisme

par Yvan Catel  -  19 Décembre 2013, 12:36

Chaque année les citoyens s'acquittent de la taxe ou redevance pour les ordures ménagères.

Tout le monde convient de la nécessité de payer un impôt qui finance le ramassage des poubelles : ainsi chacun croit régler le problème, car comment se débarrasser de tous ces déchets par soi-même ? on trie bien sûr, mais on ne sent pas le besoin d'aller plus loin.

et pourtant il suffirait d'un rien pour qu'on ait la puce à l'oreille : l'équivalent d'un 6ème continent de déchets s'est formé dans l'océan, êtes-vous sûr d'avoir bien trié ? les éco-gestes, vous les faites ?

Ceux qui travaillent dans ce secteur vous diront : "les déchets, ça n'intéresse personne". Ce sentiment de secteur mal aimé est savamment entretenu pour expliquer que les ordures ménagères ne rapportent rien. Les multinationales feraient donc tout ce travail simplement pour nous être utiles ? En réalité, dans le domaine des déchets sans doute encore plus qu'ailleurs, moins le citoyen en sait plus il est culpabilisé, mieux les profits des financiers se portent.

Qui gère les déchets ?

l'essentiel réside dans ce chiffre : la gestion des déchets en France est privée à plus de 90%. Plusieurs des Multinationales les mieux implantées sur le marché mondial des déchets sont françaises. Les mêmes détiennent la quasi totalité des marchés de collectes et d'exploitations des incinérateurs et des décharges dans notre pays : Veolia (Veolia Propreté), Suez (CITA et Novergie), TIRU filiale DDF (51% du capital). Cette situation oligopolistique s'est construite sur plusieurs décennies et a été éclaboussée par de nombreux scandales politico-financiers (surfacturations, pots de vins etc.).

Où vont les déchets ?

Suivons les poubelles : des salariés les ramassent, les jettent dans des camions et partent vers une plateforme de tris plus ou moins performante, où les ordures mélangées doivent être séparées, étape nécessaire au recyclage. Ce qui ne pourra pas aller au recyclage ira en décharge, à l'incinérateur ou encore dans une usine de Tri Mécano Biologique (TMB).

Les parcours entre la collecte et le tri, et du tri jusqu'au recyclage ou "l'élimination", sont de longueur variable. Les camions parcourent parfois une centaine de kilomètres avant de trouver la décharge.

Quand il y a un incinérateur, on peut être certain que les déchets de la région iront alimenter ses fours, car il ne fonctionnent qu'à plein régime. L'incinérateur devient un véritable aspirateur à déchets, sans se préoccuper du temps de parcours en camion pour venir jusqu'à lui. Mais les déchets triés avec soin par les ménages, eux ils sont écolo, non ? et non, une bonne partie des papiers et cartons sont recyclés en Chine ! les papetiers ne savent plus comment faire, le prix de la tonne de papier ne cesse de progresser, et la Chine importe 30% de plus par an de papier venu d'Europe.

On comprend pourquoi l'éco-geste est si valorisé : triez bien, on vendra tout ça à l'autre bout du monde pour une somme rondelette !

Le problème écologique est là : on n'élimine pas les déchets !

Suite à l'incinération d'une tonne de déchets, il reste encore 300 kg de mâchefers à enfouir et 6000 m3 de fumées sans compter les effluents liquides pour le traitement des fumées.

Les déchets ont été caractérisés en 1975 comme la troisième grande pollution après l'eau et l'air, donnant lieu à la première grande loi sur les déchets. Du début à la fin de la chaîne, le productivisme et le capitalisme génèrent des déchets dont on ne sait que faire, qui contribuent à renforcer l'effet de serre (20% des GES d'origine anthropique), ou à polluer les sols et les airs.

De nombreuses associations riveraines écologistes, se battent contre des décharges louches, l'implantation d'incinérateurs. Les nouvelles usines TMB-Méthanisation génèrent une contestation grandissante. En Vendée, deux militants sont mis en examen pour avoir dit que le composte issu des usines TMB n'étaient pas utilisables. On voit que le système sait réagir pour défendre ses intérêts !

Quand le déchet devient ressource

C'est tout le paradoxe de la "chose abandonnée", sans valeur ici, ailleurs elle vaut de l'or. Ordure et ressource à la fois, l'objet déchet est complexe.

Le marché mondial des déchets est d'environ 300 Mds€ entre très peu de mains. Mais à côté des multinationales on rencontre aussi des petites mains bien pauvres. Descendant des chiffonniers, les biffins ou encore des entreprises d'insertion vivent du recyclage.

Dans les pays du sud, les "Waste Pickers" trient les déchets à même la décharge et revendent ce qui se recycle. Au Brésil, 92% des cannettes sont recyclées, car le cours de la cannette est directement indexé sur le cours de l'aluminium. Le déchet de l'un est le gagne pain de l'autre.

car avec quoi sont fait les déchets ? des arbres pour le papier et le carton, du sable pour le verre, de l'aluminium pour les conserves, du pétrole pour le plastique...

La boucle est donc bouclée : les ressources naturelles se tarissent, et ceux qui ont contribué à les exploiter jusqu'au bout pour accroitre leurs profits vont maintenant sous couvert d'écologie les recycler pour nous les revendre. difficile de perdre de l'argent dans ces conditions...

Quelle politique éco-socialiste des déchets ?

Actuellement, la règlementation qui prédomine est celle de l'Union européenne. L'UE fixe la hiérarchie des déchets via une directive cadre. Mais comme toute 'politique' communautaire, sa mise en œuvre est soumise aux pressions des Lobbys.

Les faits que le transfert de déchets dits "non dangereux" permettent aux plastiques et aux cartons de traverser le monde au lieu d'être traités localement, que des suremballages puissent être autorisés par une directive alors que la hiérarchies des déchets en fixent la réduction du volume comme premier principe, ou encore que l'incinération ne soit jamais remise en question en sont les symptômes.

Le premier enjeu est donc de réduire : en volume et en toxicité, il s'agit de bannir l'obsolescence tout court ! L'éco-conception doit devenir la règle de la production, ainsi que la relocalisation de certaines productions pour avoir le moins besoin possible des emballages. Recycler, consigner, diminuer les emballages, c'est urgent.

Ensuite, créer une filière publique de gestion des déchets, qu'on peut caractériser de bien commun, afin d'empêcher la mainmise des multinationales. Cette filière permettrait de garantir un service publique de gestion locale des déchets. Les salariés de cette filière seraient donc également impliqués dans la lutte pour éviter d'épuiser encore un peu plus nos ressources naturelles et contre le dérèglement climatique.

Enfin, il est impératif que les citoyens qui s'engagent pur mieux comprendre les enjeux, qui découvrent le monde d'argent et de pollution qui est associé aux déchets, trouvent soutien et relais de leur lutte. C'est un enjeu pour aujourd'hui mais aussi pour la VIème République dans laquelle les enjeux seront débattus et décidés publiquement.

source 'A Gauche' 13/12/2013

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